01 Imesdurar - Les montagnards
Les montagnes sont certes belles
Sur ma tête qu'elles sont très belles
Aussi belles que la faim
C'est même la faim qui les embellit
Elle fleurit sur les pierres
Pierres sur lesquelles nous resterons aggripés
De tout ce qu'ont chanté nos prédecesseurs
Une vérité reste encore à dire:
La beauté est le lot des pierres,
La faim celui des montagnards.
Le malheur les entoure
Et n'ont que lui pour les aimer
Il les aime pour la mort;
Mourir pour des causes d'autrui,
Celles des exploiteurs
Pour briser les soulèvements
Les bras inocupés
Ils demandent qu'acquéreur.
Ce phénomène vient
De la grandeproduction capitaliste
Développée dans la plaine
Et qui écrase la production parcellaire rurale.
Qui se suffit à lui-même
Le dernier d'entre-eux a aujourd'hui
Pour bois, une bouteille de gaz
Pour chèvre, une boîte de lait
Pour potager, le souk
Pourvu qu'il y ait l'argent
L'argent...
Dans les villes bâties sur les plaines
Plaines au-dessus des montagnes
Il est produit par les bras
Confisqué par les ventrus
Ceux-là même qui nous enchaînent.
en URSS et partout dans le monde
S'appuyant sur ceux auxquels ils jettent les os
Ces chiens qui nous gouvernent.
Que nous soyons chômeurs
Ou ouvriers d'usine
Doivent disparaître.
Voyons plutôt leur instigateur
Et la paix sera
Le monde changera de base
Notre soleil resplendira.
Ce que je veux, ce ne sont pas des mots
sitôt dits, sitôt envolés
Ce que je veux, ce n'est pas le férule
Qui plie au gré du vent.
Ce que je veux, tel que j'en ai rêvé
Les mains ne peuvent le saisir
Tel le soleil au zénith
Les yeux ne peuvent le fixer.
Ce que je veux me paraît
D'une valeur inestimable
il nous entoure, il nous attend
Et personne ne l'atteind.
Ce que je veux n'a qu'un visage
Celui de la vérité, blanc comme un linceul.
Mais la vérité est fuie
Redoutée par les gens.
The claim, clearly expressed; to know, to be informed.
the claim to one's existence, which is constantly denied and repressed by the political taboos and by the lying "what I want has only the face of the truth,
But people avoid and fear the truth."
03 Tamazight - Notre langue
Si ce n'était que son visage, regardez-le
Malgré le crépuscule
Mais soyez honnêtes
N'est-elle pas en pleine jeunesse?
N'a-t'elle pas la beauté d'une perle?
Ne brûle-t'elle pas comme une braise?
Vous parlez de son visage flétri
Vous épousez ses concurrentes
Sa voix se brise
Des larmes qu'elle a versées
Pour vous.
En vérité, elle est encore adolescente
La plus jeune de toutes
en dépit de ce qu'elle a enduré
Des mains cruelles et jalouses
elle demeure plus belle qu'une mariée
FIERE.
The langage is identified with a young girl who would be perescuted, oppressed and abandoned...but who would still be present by her vigour, her youth,her beauty and eloquence.
04 Asif Yecca Yi - Le fleuve m'a emporté
Au bord du fleuve j'ai appelé: Mère!
Où es-tu je t'implore?
Je me suis tu, j'ai regardé autour de moi
Mes yeux n'ont rencontré que le néant.
Mère, le fleuve t'a emportée
Des larmes m'échappent
Je prend mon visage à deux mains
Emu, je trébuche
Et à mon tour il m'entraîne.
Mère, le fleuve m'a emporté
Les crues cesseront
Après nous avoir tués
Tout salut est impossible
Seuls nos os témoigneront.
Mère, le fleuve nous a emportés.
The despair of the youthfrom whom their culture has been taken away as if they had suffered from a river whiwh would take everything away. The song was rediscovered by Taos Amrouche.
05 Adu - Le vent
Voilà, voilà venir un vent
Le voilà d'horizon en horizon
Je lui demande où il va
-"les rencontrer", répond-il
-Rencontrer qui, ô vent
M^me so ta langue n'est pas déliée?
Montrant la montagne, il me dit:
"Ceux qui souffrent la misère".
voilà, voilà venir le vent
Le voilà d'horizon en horizon
voilà, voilà venir le vent
Ecoutez-le souffler.
Voilà, voilà venir le vent
De rivière en rivière
Je lui demande où il va
-"La route est longue", répond-il
-Plus vite, plus vite, ô vent!
Plus vite allonge le pas
Ceux vers qui tu vas
sont emportés par les crues
Voilà, voilà venir un vent
De rivière en rivière
Voilà, voilà venir un vent
Ecoutez-le souffler.
Voici, voici venir un vent
Remontant les torents
Nous savons tous où il va
Sa route mène chez les instruits
Aux oublieux
Il montrera les racines
Aux autres
Il adressera un grand salut.
Voici, voici venir le vent
Remontant les torrents
Voilà, voilà venir un vent
Ecoutez-le souffler.
The wind which helps the oppressed. A wind of hope which has blown in Algeria during the Berber Spring in 1980.
06 Yir Targit - Le cauchemar
Il me poussa des ailes.
Je m'envolai un jour
En compagnie des corbeaux
Croyant y gagner quelque chose
Je devins leur roi.
Ils m'indiquait le chemin
Je ne savais qui entraînait l'autre
D'eux ou de moi
Vers les charniers où gisaient
Mes camarades
Pour nous en régaler
Fier, je criais:
Je suis un corbeau!
Je rencontrai un sorcier
Qui me transforma en chien de chasse
Il me dota d'un flair aigu
Et d'une souplesse rare
Pour lever tout gibier où qu'il soit
Je ramenais cadavre sur cadavre
Pieds douloureux, gueule ensanglantée.
Fier, je criais:
Je suis un chien de chasse!
Au réveil
Je m'aperçus de mes malheurs
Tout le temps que je me régalais
Dans le sang
Je dévorais en fait mes doigts
Il me reste à panser mes blessures
Et à jurer de ne plus devenir
Ni corbeau, ni chien de chasse
Aujourd'hui, je peux crier:
Je suis un homme
Je suis un prolétaire!
The nightmare of the exploited who are not conscious of their condition. They are like vultures who subsist on the flesh of their fellow creatures. In his awakening, the vulture-man becomes aware of his situation:"I am human, a free man".
07 Ameddakwel - Un compagnon
J'avais un compagnon
Comme lui je n'en avais pas trouvé
Quand nous allions par les chemins
Il était à mes côtés
Nous ne nous quittions jamais.
La nuit venue nous sortions
Couverts d'un même burnous
Nous voyant, l'ennemi disait:
"Ceux-là sont frères
Commes les doigts d'une main".
Un beau jour, à une bataille,
Nous accourûmes les premiers
Sus à l'ennemi
Comme des lions nous fîmes front
Sans reculer d'un pas.
Une balle arrivait
Vers lui, vers moi, je ne savais
Elle l'atteignit en pleine poitrine
Je le vis tomber sur les pierres
Avec lui mon coeur se brisa.
Il tendit la main vers moi
Je le regardais
-"Reste, frère, je suis pressé,
Aujourd'hui pour le pays je t'abandonne
Mais je te vengerai".
J'avais un compagnon
Comme lui je n'en trouverai plus
Quand nous allions par les chemins
Il était à mes côtés.
Je ne l'oublierai pas.
Old german song ( Ludwig Uhland was born in Tübingen (1787-1862) and he was the author of remarkable patriotic and popular pieces of poetry.) translated in Berber in 1945 and sung by the Algerian nationalist fighters during tne independence war.
The inseparable companion, drop dead on the battle field and left there alone because of the necessity to carry on the fight.
08 Tizi bb Wassa - Les cîmes d'aujourd'hui
Sur les cîmes d'aujourd'hui
Nous regardons en arrière
Vers cet hier quand nous peinions
A faire sortir la France.
Même si encore d'aucuns
Essaient de le cacher
Sa veille et aujourd'hui
Devant nous l'étalerons.
Le soulèvement, ce n'était pas par religion
Ni par folie
Et le joug colonial français
N'était pas le seul que nous voulions secouer.
Le regard d'hier
Voyait aujourd'hui
Comme un jour où la France serait sortie
La prospérité rétablie
Jour sans faim et sans contrainte
La saleté disparue
L'injustice brisée
La liberté florissante
Pays sorti du sous-développement
Et de l'ignorance
Les enfants étudiant leurs langues maternelles
L'Arabe algérien et le Berbère
En fin de compte, maisons détruites ou brûlées
Les héros morts
Le colonialisme aux mille misères
Nous a légué des orphelins
Des veuves et des orphelins.
Sur les cîmes d'aujourd'hui
Essayons de voir
Depuis que nous avons chassé la France
Où nous en sommes
Les nantis de notre pays
Aujourd'hui
Sont ceux qui cassaient les portes
Alors que nous nous pansions nos blessures
Quand nous dansions sur les routes
Dans des mares de sang
Mélangé aux pleurs
Des veuves et des orphelins
